Aborder le sujet de la division belge
Un pays, trois langues
La Belgique, c'est déjà 3 langues :
• une moitié du pays, la Wallonie, parle français ;
• l'autre moitié, la Flandre, parle flamand (néerlandais) ;
• enfin, une petite communauté à l'Est du pays parle allemand
La première barrière dans le pays est donc celle des langues.
Pour que l'économie du pays repose sur un socle commun, les entreprises belges sont obligées de coopérer et de marcher main dans la main... sur une base plurilingue !
Ce qui n'est pas toujours aisé...
Pour cela, dès l'école primaire, les Wallons apprennent le flamand et les Flamands le français.
Cependant, les Flamands sont réputés meilleurs en français que les Wallons en flamand, ce qu'ils leurs reprochent parfois.
Une permanente traduction
On imagine mal la fracture qu'induisent les différentes langues dans le pays.
En Belgique, toute production à visée nationale est traduit en deux langues au moins (français/néerlandais).
Au cinéma, dans les expositions, sur les CD-rom, les DVD, au restaurant... 2 langues sont nécessaires pour ne pas pénaliser une partie de la population !
Et ce n'est là que la partie écrite.
Car si les Belges ne parviennent pas toujours à se comprendre du fait des différentes langues, les divers accents du pays ne facilitent pas les choses !
De l'accent wallon de l'ouest à l'accent liégeois, il y a une grosse différence.
Sans compter quelques langues locales qui survivent encore : brabançon, champenois, francique ripuaire, limbourgeois, lorrain, luxembourgeois, picard...
Cependant, seule la Région de Bruxelles-Capitale (habitée par près de 10% de la population) est officiellement bilingue.
Le conflit économique
Pendant longtemps, la Wallonie a été la région riche et prospère du pays. L'économie belge reposait sur elle.
A présent, c'est la Flandre qui prospère économiquement.
Du fait de la crise économique, le débat prend actuellement un essor considérable : Wallonie et Flandre doivent-elles se séparer ?
Une partie des Flamands sont clairement en faveur d'une séparation de la Wallonie, qui s'accompagnerait probablement d'un rattachement aux Pays-Bas.
En effet, les Flamands se sentent proches de leurs voisins Hollandais, de par leur langue mais aussi culturellement.
Les Wallons sont pour la plupart opposés à une séparation, qui porterait un violent coup à leur économie.
D'où la fredaine récurrente qu'on entend généralement du côté Wallon :
"On ne les a pas laissé tomber quand on faisait vivre le pays. Je ne vois pas pourquoi sous prétexte que c'est la crise, on se séparerait."
La menace d'une séparation est pesante. Si un référendum est engagé, les 4 millions de wallons peineront probablement à faire entendre leurs voix face aux 6 millions de flamands...
Approfondir le sujet
Mais il serait inexact de résumer la question du clivage entre Wallons et Flamands à un point de vue économique.
Tout comme il serait malaisé de confondre opinion publique générale et mouvements indépendentistes.
La fracture en Belgique est aussi d'ordre historique, politique et sociale.
Remonter l'Histoire...
Avant 1900
Les dissensions en Belgique ne datent pas d’hier. Avant d’obtenir son indépendance, le pays était constamment le théâtre des guerres du continent, ce qui lui a valu la réputation d’être le « champ de bataille de l'Europe ».
La révolution belge de 1830 a conduit à son indépendance et à l'établissement d'un État neutre. La Belgique devient alors une monarchie constitutionnelle, ce qu’elle est encore aujourd’hui.
La menace d’une annexion néerlandaise ou française était cependant encore forte.
1900-1945
Mais les guerres intestines sont le résultat d’une histoire plus moderne. Le XIXe siècle voit apparaître des tensions entre Flamands et Wallons, notamment sous le coup des deux guerres mondiales.
L’occupation allemande de la 1ère guerre mit en place une politique destinée à diviser la Belgique en deux états satellites : la Flandre et la Wallonie.
Pendant l’entre-deux-guerres, le patriotisme belge se raffermit, puis les mouvements wallons et flamands connaissent une radicalisation et prennent le pas sur l’engouement patriotique.
Le traité de Versailles, qui donne la circonscription prussienne d'Eupen-Malmedy à la Belgique, fit notamment controverse.
La 2de guerre mondiale est loin de tout arranger, puisque les allemands décidèrent de tirer profit de cette fracture. L’histoire de cette 2de occupation est lourde de manipulations nazies. Les traitements des Wallons différaient largement des Flamands, privilégiés par l’occupant, particulièrement en ce qui concernait les prisonniers de guerre.
L'après-guerre
Le conflit croît à la fin de la 2de guerre mondiale, qui a renforcé certains clivages. La question du retour du roi en Belgique à la fin de la guerre divise notamment le pays : 72% des Flamands y sont favorables, mais 58% des Wallons y sont opposés.
Cette divergence d’opinion politique entre Wallons et Flamands dans un contexte de guerre froide divise les partis politiques belges.
Ces derniers s'affrontent également dans une nouvelle guerre d’ordre scolaire dans les années 50, avec un rapport de force différent selon la région, qui présageait la prochaine importance du clivage linguistique et des problèmes communautaires.
En 1960, la Belgique est secouée par une crise politique. La perte du Congo belge porte un coup à l’économie du pays. Un programme de relance économique et d'austérité est lancé, ce qui entraîne durant l'hiver 1960-1961 la plus grande grève générale que la Belgique ait connu.
Celle-ci est initiée par la partie wallonne et est bien plus forte en Wallonie. Les militants wallons menacent de scinder le pays.
Ces événements marquent le début de la cristallisation du clivage linguistique et entraînent de nouvelles législations, comme la fixation de la frontière linguistique et la scission de l'université de Louvain.
L'Etat fédéral
Depuis 1970, la Belgique est un état fédéré.
Tous les grands partis politiques sont des représentants d’une communauté linguistique. Il y a donc des partis politiques flamands et des partis politiques francophones.
Les points de vue politiques diffèrent sur bien des points entre les deux grandes communautés du pays.
La crise de 2007
Les dernières élections fédérales de juin 2007 ont constitué une grave crise : le gouvernement a mis plusieurs mois à s’installer, partis politiques flamands et wallons ne parvenant pas à s'entendre.
Un accord obtenu plus de six mois après les élections, en décembre 2007, a mis un terme provisoire à cette crise. L’année 2008, la démission du 1er ministre Yves Leterme replonge le pays dans l'incertitude d'une crise politique.
Un sondage réalisé par les quotidiens « La voix du Nord » et « Le Soir » début juillet 2008 a révélé que 49 % des Wallons interrogés favorisent, parmi plusieurs options, un rattachement à la France en cas de scission de la Belgique, alors qu'ils n'étaient que 29 % en janvier de la même année.
Le gouvernement actuel ne parvient à se maintenir que sous une forme de plus en plus tronquée et reporte les sujets brûlants à des dates ultérieures.
Le pays sort malgré tout la tête de la crise et alors que la question de séparation était largement relayée par les médias en 2007, elle tend progressivement à se calmer.
Actuellement, le bruit de séparation s’est transformé en murmure.
Mais il n'en est pas moins oublié...
La réduction du discours
Flandre vs Wallonie ? Tout est loin d’être aussi simple.
La Belgique ne comprend pas deux, mais trois régions autonomes (Wallonie, Flandre et Bruxelles), sur lesquelles se superposent non pas deux, mais trois communautés linguistiques (française, flamande et germanophone).
Contrairement aux régions, dont les territoires sont bien délimités, les populations de même langue ne vivent pas chacune d’un côté de la frontière.
Par exemple, la communauté germanophone dépend territorialement de la Région wallonne. Cette population ne comprend que 750 000 habitants. Soit moins d’1% de la population belge. Mais le traité de Versailles a attribué ce canton de l’Est à la Belgique.
La capitale, bien que située en Flandre, n’est ni flamande, ni wallonne. Bruxelles, région indépendante, abrite des néerlandophones et des francophones.
Les instances de la Communauté et de la Région flamande ayant fusionné, il est possible de dire d’un Bruxellois néerlandophone qu’il est Flamand. Il est en revanche plutôt mal venu de traiter un francophone de Wallon.
De quoi vous donner mal à la tête !
Le discours qui réduit la problématique à un simple conflit entre Flamands et Wallons est donc un peu sommaire, puisqu’il occulte, en outre, le petit million de Bruxellois, ni wallons ni flamands pour la plupart, qui ne s’y retrouvent pas, tout comme les 300 000 francophones qui vivent en Flandre et le million de Flamands en Wallonie.
Soit au total près du quart de la population belge, qui refuse le schéma simplifié Flandre/Wallonie, mais permet au contraire de considérer le pays comme un ensemble, dans lequel vivent toutes les langues belges dans un joyeux fouillis.
Malgré un climat parfois lourd, une séparation radicale est donc loin d'être envisagée par tous.
La question de la scission
Cependant, l'idée de scission est bien là.
Car la Flandre réclame son indépendance.
Cette idée d’indépendance est apparemment plutôt portée par quelques politiciens flamands extrémistes.
Mais ceux-ci pèsent plutôt lourd dans la balance politique, puisqu'ils se sont alliés avec le plus important parti flamand.
Dans un climat de tensions et de pressions, la question d’indépendance de la Flandre est donc bel et bien discutée, même parmi les modérés.
Pourtant, la majorité des belges -qu’ils soient Flamands, Wallons, Bruxellois ou germanophones- sont loin de considérer la scission comme la seule issue possible.
Au coeur du conflit, la question de Bruxelles
La fonction de Bruxelles
Bruxelles n’est pas que la capitale du pays. C’est une région à part entière, gérée indépendamment de la Flandre et de la Wallonie. Bien qu’enclavée en Région Flamande, elle constitue la 3e Région de la Belgique.
Bruxelles est majoritairement francophone mais officiellement bilingue. Sa particularité est d’être gérée de façon paritaire par les francophones et les néerlandophones.
Cette 3e Région connaît les mêmes problèmes liés à la querelle des langues, mais elle doit les résoudre comme entité fédérée.
La francisation de Bruxelles
En 200 ans, Bruxelles s'est transformée d'une ville quasiment entièrement néerlandophone en une ville bilingue, voire multilingue, avec le français pour langue majoritaire.
Cela s’explique d’une part par une forte immigration française et wallonne, suivie d’une conversion linguistique de la population néerlandophone. Le français jouissait alors d’une image de langue culturelle, bourgeoise et très usitée pour les échanges commerciaux.
D’autre part, la seconde moitié du XXe siècle voit Bruxelles devenir une ville d'échanges internationaux, ce qui contribua à un afflux d'immigrants qui favorisèrent l'émergence du français ainsi que d'autres langues étrangères, aux dépens du néerlandais. Un phénomène de ce type s’étendant toujours au-delà d’une ville, la région autour de Bruxelles a vite été “contaminée” par la francisation.
Ce phénomène, communément appelé en Flandre la « tache d'huile francophone », constitue l’un des principaux sujets de contentieux de la politique belge, avec la question du statut de Bruxelles.
Bruxelles joue l’arbitre
Bruxelles doit assumer son rôle de capitale pour de nombreuses entités. On pense bien sûr à elle comme siège de l'Union européenne, mais elle est avant tout la capitale de la Belgique.
Au sein d'un système fédéral complexe, cette ville-région est à la fois la capitale de la Communauté française de Bruxelles et de la Communauté flamande de Bruxelles.
Là où les choses se compliquent, c'est que Bruxelles est également devenu la capitale de la Flandre (et non pas de la seule Communauté flamande de la Région). Ce que n’apprécient guerre les Wallons (la capitale de la Wallonie reste Namur), qui craignent que Bruxelles perde alors de sa neutralité.
Cette décision d’élire Bruxelles en capitale de la Flandre n’avait pourtant aucun but subjectif et semblait aux Flamands logique et légitime.
La plupart des Flamands considèrent Bruxelles comme une ville qu'ils partagent avec les francophones, les deux communautés y bénéficiant de droits égaux. Mais Bruxelles doit aussi exercer sa « protection » sur les Flamands de la région, qui se retrouvent en forte minorité.
C'est dans cette optique de "solidarité" avec la minorité flamande à Bruxelles, et dans le cadre de son autonomie garantie par la constitution belge, que le parlement flamand a choisi d'investir cette ville comme capitale de la Flandre.
D’autant que la désignation de Bruxelles comme capitale flamande ne pose aucun problème d'ordre administratif ou juridique.
La revendication d’une identité bruxelloise
Le journal Le Soir a publié en décembre 2006 un texte d'appel intitulé « Nous existons! », signé par une centaine de personnalités bruxelloises.
Il réclame la prise en compte des intérêts des Bruxellois dans la perspective des négociations institutionnelles programmées pour l'année 2007.
Le texte, qui décrit une Région de Bruxelles-Capitale multiculturelle et complexe, appelle les Bruxellois à défendre les intérêts de la Région, quelles que soient leurs langues ou leurs origines, au-delà des affrontements communautaires, et à signer l’appel.
Le texte demande aux négociateurs d’accorder à Bruxelles, comme aux autres Régions, le pouvoir de forger son avenir, comme foyer d'un dynamisme profitant aux trois régions du pays.
Il exige clairement plus de région (à base spatiale et non linguistique), et moins de communauté (à base linguistique), ce qui se réfère au système institutionnel belge actuel bien que l'appel « Nous existons ! » se place au-delà de l'institutionnel.
L’avenir de Bruxelles-région
La possibilité de l'indépendance de la Flandre, à moyen ou long terme, est jugée réaliste par plusieurs observateurs politiques belges et étrangers.
Elle soulève plusieurs questions en ce qui concerne l'avenir et le statut futur de la Région de Bruxelles-Capitale.
Si l’on devait résumer (très) grossièrement la situation : la Flandre demande l'indépendance, la Wallonie veut rester Belge, et Bruxelles ne sait où se mettre.
La question est débattue par différents acteurs, sans que se dégage à l’heure actuelle un consensus dans ce débat.
Plusieurs possibilités sont envisagées :
- Si la Flandre devenait un pays souverain, certains Belges francophones seraient partisans de conserver une Belgique indépendante réduite (Région de Bruxelles et Région wallonne), où se maintiendrait la monarchie constitutionnelle.
- D’autres seraient partisans d’un rattachement de Bruxelles et de la Wallonie à la France.
- Chez les Flamands, les avis sont tout aussi partagés. Certains souhaiteraient le rattachement de Bruxelles à l’État flamand devenu indépendant, d’autres accepteraient que Bruxelles ne soit plus la capitale de la Communauté flamande de Belgique.
- D’autres seraient favorables à la création d’un « district européen » à la place de l’actuelle région de Bruxelles-Capitale.
- D’autres enfin préfèreraient unir la Wallonie au Grand Duché du Luxembourg.
